Ils en parlent

Quelques témoignages de journalistes, reporters, écrivains

Ils en parlent

Quelques mots de différents journalistes
Comme les chats, Auriac a eu plusieurs vies. Formé chez les meilleurs, remarqué et parrainé très tôt par des artistes reconnus (Veličković et surtout Carzou), il aurait pu se construire un parcours rectiligne, d’expos en cocktails, et de galeries en catalogues. Il était bien parti mais ce rimbaldien fou, plus porté vers la pratique que vers la théorie, en a décidé autrement, en posant ses pinceaux pour naviguer sous d’autres cieux, parfois bien chargés et bien plombés. Dans son infinie mansuétude (et son bon goût), la Providence a voulu qu’Auriac renoue avec son art. Grâce lui soit rendue ! De son réduit breton, sis à la pointe extrême de l’Occident, il nous livre un regard acéré sur les hommes et les femmes de ce monde à travers ses déroutants portraits, transpositions magnifiées du réel sur la toile. Celui qui flirta un temps avec l’abstraction, du côté de Jackson Pollock et de Gerhard Richter, nous prend non par la main mais par les yeux, pour nous emmener chez ceux qu’on croyait connaître, à tort puisqu’il nous les montre « autres » : de Gainsbourg à Ferré, en passant par Cendrars et Céline, sans parler des poètes maudits qu’il affectionne (Baudelaire, Verlaine et toute la bande des mauvais garçons…). Dans ce très graphique « voyage au bout de la nuit », il n’oublie jamais les obscurs et les sans-grades (ici, une clocharde au visage raviné, clope au bec et regard fier ; là, une troublante Omphale harnachée pour des jeux qu’on devine interdits), lesquels partagent un trait de caractère avec les célébrités précitées : le fait d’être réprouvés par le commun des mortels. Auriac, par l’usage d’un noir et blanc, qui se mue parfois en un sublime gris sur gris, est en vérité un peintre nietzschéen, qui s’aventure au-delà du Bien et du Mal.
Parfois pop-rock et variété, parfois érotique, parfois nostalgique, mais toujours esthétique :  l’œuvre multiforme d’Auriac ne peut laisser indifférent. La foultitude de personnages fait écho aux souvenirs de chacun d’entre nous. Vous aimez Freddie Mercury, Jean-Louis Aubert, Jacques Higelin, Alice Cooper, Tina Turner, Jim Morrison ?  L’acrylique et l’encre de chine (techniques fétiches de l’artiste), donnent à ces grands noms de la scène une présence hallucinante. Et si ce n’est pas la musique qui vous inspire, Auriac est capable de jouer du pinceau pour croquer des écrivains, des comédiens, des peintres mais aussi des anonymes, des inconnus. Un pêcheur Breton et son bateau, par exemple : il faut dire que c’est dans la région de son cœur, le Finistère, qu’il crée, entre deux embruns, et c’est dans ces terres indomptées qu’il trouve son inspiration. Et puis, on ne peut pas parler d’Auriac sans évoquer les femmes, omniprésentes et magnifiées. Certaines sont un brin dénudé, tout en pudeur, d’autres ont le visage joliment fardé, moins pudiques… Et que dire de cette gracieuse danseuse qui flotte dans les airs ? Bref, un être vous manque ? Auriac lui redonne vie sur vos murs avec un réalisme stupéfiant. Des œuvres puissantes et charnelles qui vous hypnotisent.
A regarder de près les portraits qu’il peint où, comme chez Goya ou Veličković, la matière de l’œuvre n'est pas le noir, mais le blanc, il n’est que trop évident qu’Auriac a arrêté son choix. Rimbaud, Verlaine, mais encore Baudelaire, Gainsbourg ou Céline : ce géomètre lyrique aime les vagabonds absolus. Il aime les excès des âmes fortes. Il aime les mauvais anges qui joignent à un orgueil sublime une révolte contre l’infamie. Il aime ceux dont parle André Malraux : « ces génies peu esthètes qui n’ont mis aucune valeur suprême au-dessus de la poésie – non des vers, mais de cette création où insaisissable que poursuit l’homme se saisit à tâtons. »

Et soudain, prodige né de son propre art, ce n’est plus nous qui les regardons : c’est eux qui nous regardent, nous scrutent et nous interrogent. Ils ouvrent leurs yeux sur notre temps du plus profond de leur enfer, de leur nuit qui n’en finira pas de sitôt. « Qui es-tu », demandent-t-ils ? Ou comme le chante le poète : « Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse ? » Auriac démontre qu’une œuvre forte n’est pas faite pour être regardée, mais tout au contraire pour qu’elle nous regarde, qu’elle nous prête sa vision.

« Auriac, le visage des autres »

Auvergnat de sang, Breton de cœur, Philippe Auriac a la soixantaine tonique. C’est un serial portraitiste qui noircit les blancs et déshabille les âmes à l’encre de chine. Son papier Canson, ce sont des couvertures de L’Illustration, « Journal universel », sur lesquelles il dessine Rimbaud, Baudelaire, Cendrars, Blondin, Sylvain Tesson, Nicolas de Staël, Freddie Mercury, Jim Morrison, des nus de femme, des vieux loups de mer. Rien que des visages au charbon de bois – qui ressemblent à des paysages à la croisée du jour et de la nuit.